II Me Complete Excerpt

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CHAPITRE UN

— Allez, Zach… Ça va un peu trop loin, même pour toi.

Mon ami, Luke, assis sur le couvercle fermé des toilettes, me regardait appliquer de l’eye-liner. J’éloignai le crayon et le dévisageai.

— Quoi ? Je suis qui je suis. Je ne vais pas changer pour eux. Je leur ai dit ça quand je suis parti et il n’y a aucun putain de moyen que je change maintenant.

Luke soupira et se prit la tête entre les mains, les coudes posés sur les genoux.

— Je sais, Zach. Je ne te dis pas de changer. Je ne ferais jamais ça. Mais ce n’est pas l’ouverture d’un club, c’est un enterrement.

Il s’arrêta et me dévisagea, de la tête aux pieds, puis répéta avec plus d’emphase :

— C’est l’enterrement de ta mère.

Je haussai les épaules et terminai mon maquillage. Il avait raison, bien entendu. L’apparence que j’avais maintenant n’était pas seulement un peu trop – un débardeur rose moulant et un pantalon blanc qui n’était pas du tout large. J’avais également mis du gel dans mes cheveux bruns pour l’occasion. Franchement, je n’aimais pas ça. Je préférais leur couleur naturelle. Mais je savais que ça m’aiderait à compléter le tableau.

J’avais été chassé de ma famille parce que j’étais gay, et j’allais sacrément m’assurer qu’ils ne pensent pas que je m’étais remis en question ou que je détestais qui j’étais. J’allais entrer là-bas confiant et fier – et paraissant aussi gay que je pouvais l’être. Ainsi, il ne pourrait y avoir aucun doute dans leurs esprits que je vivais ma vie selon mes propres règles. Et que je n’en avais pas honte, même si eux, en avaient.

Luke renonça à me parler de mon apparence, se rendant compte que c’était une cause perdue. Nous étions amis depuis le lycée et il me connaissait assez bien. J’avais déménagé après l’obtention du diplôme et étais ensuite resté au loin. Il n’y avait rien pour moi ici. Ma famille m’avait quasiment renié quand ils avaient découvert que j’étais gay et je n’avais pas eu beaucoup d’amis en grandissant. J’étais resté en contact avec Luke et quelques autres personnes qui comptaient dans ma vie, et c’était suffisant.

— Je suis désolé que tu ne puisses pas rester ici, mais avec Chris et moi vivant tous les deux dans ce studio de cinquante-cinq mètres carrés, il n’y a pas de chambre d’amis. La prochaine fois que tu viendras en ville, je suis certain que nous serons dans un endroit plus grand et alors, tu pourras rester chez nous aussi longtemps que tu le voudras.

Je terminai d’appliquer l’eye-liner, mis un peu de gloss légèrement brillant sur mes lèvres et d’argile dans mes cheveux, puis me retournai vers Luke. D’après l’expression de son visage, je pouvais voir qu’il n’approuvait pas. Mais il avait renoncé à essayer de me raisonner. Plutôt malin.

— Ne t’en fais pas. Je devrais rester avec Dean de toute façon. Quand il m’a appelé pour me dire que notre mère était morte et qu’il m’a supplié de venir à ses funérailles, je lui ai dit que je verrais ce que je pourrais faire. Bien sûr, cela signifiait merci, mais non merci. Mais alors il a sorti la carte des neveux et m’a rappelé que je n’avais pas encore rencontré ses enfants. Comme j’ai prévu de partir demain, rester chez lui est à peu près le seul moyen que j’ai de passer un peu de temps avec eux.

Je pris ma trousse de toilette, sortis de la salle de bain et m’approchai du canapé de Luke, où j’avais posé mon sac quand nous étions arrivés. Il était venu me chercher à l’aéroport et avait accepté de me laisser me changer chez lui, avant de me déposer chez mon frère, où je devais rejoindre le reste de sa famille pour le trajet jusqu’au cimetière. Après avoir rangé la trousse de toilette, je me tournai vers Luke.

— Non pas que j’y connaisse grand-chose à propos d’enfants de toute façon, mais Dean pleurait pratiquement au téléphone, me demandant de venir et me disant qu’ils avaient plein de chambres pour me loger. Je suis réellement surpris que cela ne le dérange pas d’exposer sa tapette de frère devant ses enfants, parce que, comme tu le sais, tous les hommes gays sont des pédophiles.

Luke grinça des dents.

— Seigneur, Zach ! T’a-t-il vraiment dit ça ?

Je repensai à mes conversations avec Dean au fil des ans. Il n’y en avait pas eu beaucoup, donc il ne me fallut pas longtemps pour dérouler le catalogue dans mon esprit. Je haussai les épaules.

— En fait, non. Pas directement. Mais j’ai entendu des variantes sur ce thème de la part de mon beau-père, de ma mère, de ses parents, etc., etc., etc.

J’agitai ma main tandis que je parlais.

— Dean était parti de la maison alors, si bien qu’il n’a pas eu la chance de suivre le mouvement.

Je pris mon sac et ouvris la porte.

— Mais si je suis vraiment chanceux, peut-être qu’il va ajouter son grain de sel, ce soir. Je pense que lui au moins, aura le bon goût d’attendre jusqu’à la fin des funérailles. Viens. Nous devons y aller. Je suis vraiment impatient que la fête commence !

Je descendis l’escalier et essayai de me calmer les nerfs. Je restai silencieux durant le trajet, me rappelant intérieurement que j’étais un homme adulte. Ils ne contrôlaient pas ma vie et il n’y avait rien qu’ils puissent faire pour me faire du mal, plus maintenant. La dernière partie n’était pas tout à fait vraie, bien entendu, mais je ne cessai de me le répéter tout de même. Je me répétais la même chose depuis des années.

— Très bien, Zach. Nous y voilà. Où est cette porte de service ?

Je relevai les yeux vers la jolie maison de style Tudor. Il y avait des fleurs plantées dans des jardinières et des pots, une pelouse verte, des jouets sur le porche et une clôture blanche. J’avais l’impression d’arriver dans un tableau de Norman Rockwell.

C’était typique de mon frère. Monsieur Parfait. C’était un sportif et un bon élève au lycée. Puis il était parti à l’université, avait obtenu son doctorat d’anglais, avait épousé une jolie blonde pom-pom girl, avait eu trois enfants et était revenu pour enseigner à l’université locale.

Je savais tout ça par les e-mails que Dean m’avait envoyés au cours des années, et d’après de très brefs et très sporadiques appels téléphoniques. J’avais une règle où je me forçais de retourner au moins dix pour cent de ses appels. Sérieusement, que diable avions-nous à nous dire l’un à l’autre ? Les dix pour cent étaient suffisamment pénibles.

Dean avait six ans de plus que moi et il n’avait pas fallu longtemps après son départ pour que ma famille me laisse tomber. Oh, ils m’avaient laissé rester dans la maison, m’avaient nourri, m’avaient habillé. Fondamentalement, ils avaient fait tout ce qu’ils étaient légalement tenus de faire, avec certaines choses qui n’étaient certainement pas légales. Mais je ne voulais pas me laisser repenser à tout ça, plus maintenant.

— Merci de m’avoir déposé, Luke. Je suis content d’avoir pu te voir. Je suis désolé de ne pas avoir eu la chance de rencontrer Chris. Il m’a l’air sympa et je suis heureux que tu aies rencontré quelqu’un.

Je ne le pensais pas. Je ne croyais pas aux relations. Aux copains de baise, oui. Mais les relations ouvertes ne marchaient jamais et la monogamie n’était pas une vie naturelle en ce qui me concernait. Pourquoi se limiter à un seul gars ? La variété était le piment de la vie, après tout.

— Eh bien, tu pourras le rencontrer la prochaine fois que tu viendras ici.

Je haussai les sourcils avec un regard qui disait clairement que cela n’allait jamais arriver. Non pas parce que je ne voulais pas rencontrer Chris, mais parce que je n’allais jamais revenir. En fait, j’envisageais sérieusement de lui demander de me conduire tout de suite à l’aéroport, mais la porte de la maison de mon frère s’ouvrit et il sortit en courant pour me saluer.

— Zach ! Je suis tellement content que tu sois ici. Merci d’être venu.

Il me prit dans ses bras et me serra fermement contre lui.

— Où sont tes sacs ? Je vais les porter pour toi.

Je lui montrai le sac sur la banquette arrière.

Il fronça les sourcils.

— C’est… C’est tout ? Un seul sac ?

Je pus entendre la note de déception dans sa voix. Que cela voulait-il dire ? S’attendait-il à ce que j’apporte un tas de cadeaux pour ses enfants ? Je n’étais même pas certain de savoir quel âge ils avaient. En fait, je me tenais là à essayer de me souvenir de leurs prénoms.

Dean prit le sac, le mit en bandoulière sur son épaule et tendit la main à Luke.

— Luke, n’est-ce pas ? Je suis Dean Johnson, le frère de Zach. Merci d’avoir été le chercher à l’aéroport. Je lui ai offert de le prendre, mais…

— Pas de problème, Dean. Enchanté de vous connaître. Appelle-moi plus tard, Zach.

Et là-dessus, mon ami s’éloigna et me laissa aux portes de l’enfer, faussement décorées pour ressembler à un magazine de Martha Stewart.

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